ÉDITION 2022

- Du 7 au 20 août

L’Académie de quatuors: avec grande discrétion.

Montée par le professeur et altiste André Roy et généreusement financée par la mécène Constance V. Pathy, la nouvelle Académie internationale de Quatuors à cordes de McGill s’est ouverte dimanche dernier et se poursuivra jusqu’à jeudi prochain avec, comme depuis le début, une programmation quotidienne de concerts ouverts à tous gratuitement et de master-classes publiques et privées.Les master-classes sont données par des membres de quatuors réputés : LaSalle, Alban-Berg, Chilingirian, Artemis. Les jeunes quatuors participant à l’Académie débutent dans la carrière et sont peu connus. Ce qui explique sans doute le faible auditoire d’hier soir.Il faut dire aussi que la nouvelle initiative a été annoncée tout récemment… et avec une discrétion difficile à comprendre. Dommage. On consacre à l’opération un nombre considérable d’heures et beaucoup d’argent; on oublie simplement d’en informer adéquatement le public.Le programme d’hier soir était partagé entre le Quatuor Noga, de France, et le Quatuor Peresson, des États-Unis, qui tous deux participeront au prestigieux Concours international de Banff, qui débute le 30 août.Premier entendu, le Noga révèle, après seulement deux ans d’existence, une vraie personnalité de quatuor où les quatre voix, pourtant bien distinctes, se confondent miraculeusement en une sorte de voix unique. On ne parle plus de quatre musiciens et de quatre instruments, mais d’une seule pensée et d’une seule sonorité. Ce parfait fondu est idéal pour le rare et moderne Quatuor op. 20 no 2 de Haydn, aux audacieux unissons cumulatifs et à l’étonnante fugue finale à quatre sujets.Le Noga fait ensuite un saut de 150 ans et confère au premier Quatuor de Janacek le maximum de tension, que soulignent des «sul ponticello» terrifiants. L’oeuvre emprunte son sous-titre de Sonate à Kreutzer au roman de Tolstoï qui l’a inspirée et dans lequel une femme est tuée par le mari qu’elle trompait avec un violoniste, interprète de la Kreutzer de Beethoven, bien sûr.Contraste total pour l’oeil : après le Noga en vêtements de tous les jours, voici le Peresson en grande tenue de concert. La position très inhabituelle du violoncelliste, derrière le premier-violon, est la seule chose qui distingue le quatuor américain, formé l’an dernier, d’une foule d’autres.Pour l’ensemble : du travail propre, avec de la justesse et une bonne sonorité, mais rien de plus. Le Langsamer Satz (ou «Mouvement lent»), d’un Webern de 22 ans et encore tonal, est rendu avec une certaine expression, mais le rare et sympathique (et unique) Quatuor de Verdi, au premier mouvement pris trop vite, passe presque inaperçu. (photo: Asasello String Quartet, Germany)
Claude Gingras
/ La Presse

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