ÉDITION 2022

- Du 7 au 20 août

Le Quatuorà McGill : Van Kuijk : imparfait mais intéressant.

Un match de football en plein centre-ville, ce qui, la pluie aidant, est synonyme d’embouteillage monstre, a retardé d’une dizaine de minutes jeudi soir le début du concert à l’Académie internationale de quatuor de McGill. Ce n’est probablement pas demain qu’un concert très couru de ladite Académie retardera un départ au football! Néanmoins, c’était encore salle comble, ou presque, et avec beaucoup de retardataires, pour le programme que se partageaient à la même heure le Quatuor Van Kuijk, de France, et le Quatuor Schumann, d’Allemagne. Ces deux jeunes quatuors, tout comme les Calidore et Navarra entendus plus tôt, ont travaillé le répertoire à l’Académie avec des membres des réputés Vogler, Alban-Berg, Guarneri et Miami. Dans quelques jours, ils participeront à des concours internationaux: le Van Kuijk à Trondheim, en Norvège, et les trois autres à Banff, dans l’Ouest canadien.Le Van Kuijk ouvre sa prestation avec un Haydn rarement entendu. Évident meneur de jeu du groupe, le premier-violon confond l’indication «allegro con brio» du premier mouvement avec «prestissimo». Il joue tellement vite qu’il commet quelques impairs au premier énoncé, de même qu’à la reprise, et il récidive au premier mouvement de l’op. 41 no 2 de Schumann. De simple «allegro vivace», le mouvement devient ici un «presto» dépourvu de tout lyrisme, une course folle où les quatre coéquipiers ont de la peine à placer un mot dans la conversation.C’est dommage, car le Van Kuijk est un quatuor très fort et très intéressant, avec en son centre un riche bouillonnement sonore et, ailleurs, bien d’autres vertus: dans le Haydn, au Trio du Menuet, un violoncelle qui prend soudain toute la vedette avec son désinvolte solo en staccatos; dans le Schumann, et surtout du côté de l’alto, des sonorités âpres, comme venues d’ailleurs, comme l’écho de cette folie qui a toujours hanté le compositeur, et qui donnent une dimension absolument nouvelle à cette oeuvre souvent ennuyeuse.Après ce deuxième des trois Quatuors de Schumann, tous de la même année 1842, voici un groupe allemand dont le nom est à la fois celui de son illustre compatriote et celui des trois frères qui le composent, avec une jeune Estonienne à l’alto. Le Schumann a choisi une seule oeuvre: le long troisième Razoumovsky de Beethoven, l’op. 59 no 3.Le génial Calidore a laissé des traces qu’on ne pourra jamais effacer, il a établi des standards qu’il sera bien difficile, pour ne pas dire impossible, d’égaler. Comme le Navarra, le Schumann est un ensemble de première grandeur, avec quatre coéquipiers exemplaires, une vraie sonorité de quatuor et une belle expression collective. Ces qualités brillent tout particulièrement dans la fugue finale. Mais il faut attendre. Ce qui précède ne découvre aucune personnalité précise comme a su le faire, justement, le Calidore.
Claude Gingras / La Presse

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