ÉDITION 2022

- Du 7 au 20 août

Le Miami String Quartet à MISQA.

Les grands quatuors à cordes ne relèvent pas de l’inné, mais de l’apprentissage. Dans le cas de Keith Robinson, le savoir musical qui lui a été transmis lorsqu’il était étudiant l’a non seulement incité à créer le Miami String Quartet en 1988, mais il demeure un facteur essentiel du succès du groupe aujourd’hui.« Nos professeurs au Curtis Institute of Music étaient membres du Quatuor Guarneri. Nous étions vraiment en admiration devant eux, et ils ont été une source d’inspiration pour nous, explique Robinson. David Soyer (le violoncelliste fondateur du Guarneri, maintenant décédé) avait pris l’habitude de m’appeler Scott. Il faisait un peu peur, hirsute et bourru, et je n’ai jamais osé le corriger. Ils formaient le meilleur quatuor de tous les temps. »Depuis les premiers temps de sa création, le Miami String Quartet a acquis sa réputation en gagnant des concours à travers le monde. Il a été le premier quatuor à cordes, en dix ans, à gagner le concours Concert Artists Guild New York Competition, en 1992. Maintenant quatuor en résidence à l’université d’État de Kent en Ohio, Benny Kim (violon), Cathy Meng Robinson (violon), Scott Lee (alto) et Keith Robinson (violoncelle) célèbrent, pour leur saison 2013-2014, leurs vingt-cinq ans d’existence. En août, le quatuor fera le concert d’ouverture de l’Académie Internationale de Quatuor à Cordes de McGill (MISQA) à Montréal, et interprétera des œuvres de Mozart, Chostakovitch et Mendelssohn.Comme la plupart des interprètes de musique de chambre, Robinson, qui revient également à MISQA comme professeur pour la seconde fois, tire ses influences de plus d’une source. Un autre de ses mentors, Felix Galimir, le révéré musicien et professeur, décrit par le New York Times dans sa rubrique nécrologique en 1999 comme « un violoniste qui représentait un des derniers liens avec le monde musical prodigieux de la Vienne d’avant-guerre », a joué un rôle essentiel dans la création et la carrière de beaucoup de quatuors à cordes. « Son amour de la musique était contagieux et je n’ai pu faire autrement que d’apprendre à aimer les quatuors », explique Robinson.Associé pour toujours à Galimir et au légendaire Guarneri, Robinson reconnaît l’importance d’organisations comme MISQA pour favoriser un cadre de formation professionnelle spécialisé, permettant à de jeunes quatuors prometteurs de hisser leurs compétences à un autre niveau.« L’environnement et l’atmosphère à MISQA sont magnifiques. L’objectif de ces jeunes musiciens est de perfectionner leur art de jouer dans un quatuor à cordes – musicalement et techniquement – dans un contexte d’apprentissage intensif tout en partageant des idées avec des participants et des professeurs qui viennent des quatre coins du globe, souligne Robinson. Habituellement, les quatuors à cordes se rencontrent lors de concours, et chacun est plus ou moins concentré sur le but à atteindre. À MISQA règne une atmosphère d’échange et de camaraderie que l’on ne retrouve pas dans les concours. On y développe un vrai sens de la communauté et des amitiés s’y nouent pour la vie. »En raison de ce cadre particulier qui permet aux jeunes quatuors émergents d’échanger des idées et de travailler avec des experts de plusieurs pays, beaucoup de musiciens viennent participer à la MISQA pour se préparer au Concours international de quatuor à cordes de Banff (BISQC), qui a lieu tous les trois ans, juste après MISQA. Dans les faits, trois des finalistes participent aux deux événements : les quatuors Calidore (USA/Canada), Navarra (RU/Irlande/Pays-Bas) et Schumann (Allemagne).Même si chaque quatuor possède son propre style, un son et une approche uniques, selon Robinson, la recherche de ce son unique ne doit pas être le but premier d’un ensemble musical. Il croit plutôt que les quatuors devraient passer plus de temps à interpréter la partition. « La première obligation d’un interprète est envers le compositeur. Qu’est-ce que le compositeur a voulu ici ? Alors le son viendra naturellement, explique-t-il. Des fois, cela peut prendre des semaines, d’autres fois il suffit juste de proposer un changement de tempo. Cela peut prendre du temps, mais quand cela arrive, c’est merveilleux. »Peu importe le degré de talent d’un quatuor, « cela prend des années pour développer une carrière, et cela se fait en participant à des événements comme MISQA et le BISQC et en créant des liens avec les organisateurs et le public », souligne Robinson.Selon Robinson, faire partie d’un quatuor à cordes, c’est comme être marié, avec l’aspect commercial et les autres problèmes à régler. Dans les faits, Robinson est marié avec la seconde violoniste du Miami String Quartet, Cathy Meng. Quand ils sont en tournée, chacun a sa propre chambre afin de pouvoir répéter sans se gêner mutuellement.Même si nous vivons dans une société riche en médias de toutes sortes, Robinson reste persuadé que la musique classique a un avenir. « Je ne pense certainement pas que la musique classique est morte. Il y a plus de quatuors à cordes aujourd’hui qu’il n’y en a jamais eu par le passé, et cela est dû en grande partie à la popularité de ce genre de musique et au coût relativement bas de présenter un concert avec un quatuor à cordes, contrairement à un orchestre symphonique ou un opéra, fait-il remarquer. Il faut garder la musique à l’école, pour que les enfants soient en contact avec la musique classique dès leur plus jeune âge, pas seulement en l’écoutant, mais en la jouant, ce qui est encore mieux. »
Par L. H. Tiffany Hsieh / La Scena Musicale.

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