ÉDITION 2022

- Du 7 au 20 août

Miraculeux Van Kuijk

Selon la tradition de l’Académie internationale de quatuor à cordes de McGill, chaque concert réunit deux ensembles et chaque ensemble présente deux oeuvres – exceptionnellement une seule pour des raisons de minutage, ce qui sera le cas la semaine prochaine. Hier soir, où c’était salle comble encore une fois, on écoutait d’abord le Quatuor Omer, des États-Unis, ensuite le Quatuor Van Kuijk, de France. Chaque groupe avait programmé un Haydn, cette musique de la transparence s’imposant, pour ainsi dire, dans un tel contexte pédagogique et compétitif. Chaque quatuor entendu fait partie d’un groupe de six composés à une quinzaine d’années d’intervalle, soit le deuxième de l’opus 20 et le premier de l’opus 50.

Bien qu’il ne s’agisse pas d’oeuvres de mérite égal et que l’op. 50 no 1 éclipse l’autre par sa hardiesse, il reste possible d’établir une comparaison entre les deux ensembles puisque ceux-ci traduisent des pages qui portent la même signature. Les musiciens du Quatuor Omer ne sont pas mauvais, loin de là. Et pourtant, leur Haydn découvre des attaques agressives et, conséquemment, un son envahissant et pas très beau. Tout à l’opposé, le Van Kuijk séduit immédiatement par une articulation parfaitement nette, une conversation à quatre toujours musicale et toujours équilibrée, une riche qualité de son et une justesse absolue. Faiblesses et vertus seront d’ailleurs confirmées après ces Haydn qui ne pardonnent pas. Le Omer a choisi le premier Quatuor de Janacek, sous-titré Sonate à Kreutzer et inspiré du roman de Tolstoï où une femme est tuée par le mari qu’elle trompait avec un violoniste.

D’où cette surabondance de «sul ponticello» vitreux, que les jeunes Américains traduisent avec puissance, mais sans le caractère voulu. Nous sommes ici très loin des Prazak et quelques autres. Concernant l’unique Quatuor de Debussy, le Van Kuijk l’avait joué à sa première visite à l’Académie en 2013. Nous savons que le violoncelliste était différent, mais nous avons tout oublié de cette première interprétation. Peu importe. Ce que nous avons entendu cette fois était du plus extraordinaire niveau technique et musical. Le Van Kuijk passait miraculeusement d’un Haydn pleinement sonore à un Debussy pleinement sonore, tout en respectant les caractéristiques de chacun.

Claude Gingras

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