ÉDITION 2022

- Du 7 au 20 août

Le Quatuor à McGill: le Calidore, sommet absolu

Nous avions parlé la semaine dernière de «révélation» à propos du Quatuor Calidore, entendu à l’Académie internationale de McGill. Le jeune ensemble (trois Américains, plus une Canadienne au violoncelle) s’est non seulement maintenu au plus haut niveau technique et musical lors de cette deuxième prestation mais il s’y est surpassé à tous égards. Son immense succès de la semaine dernière lui avait valu cette fois une salle comble qui, dès le dernier accord, s’est levée spontanément pour lui faire une ovation monstre et tout à fait justifiée. Ces deux prestations nous permettent d’affirmer sans l’ombre d’un doute que le Calidore, bien qu’il soit encore en début de carrière et donc peu connu, est un très grand quatuor. Il nous a fait vivre une expérience à inscrire parmi ce que nous avons entendu de plus extraordinaire en de très nombreuses années de fréquentation de ce monde extrêmement exigeant qu’est le quatuor à cordes. Chacun de ses membres va au maximum des possibilités de son instrument, sans jamais forcer le son, et la réunion des quatre voix respirant en même temps est un miracle de pensée unifiée. On ne peut imaginer que le Calidore, après ces deux prestations, puisse un jour nous décevoir. Selon la formule adoptée par l’Académie, deux quatuors se partagent deux concerts, mais en alternance. La semaine dernière, le Navarra, à la triple origine européenne, venait en premier; le Calidore le suivait et… le surpassait. On a pu conclure que sa position l’aidait en ce sens. Eh bien! non. Cette semaine, le Calidore venait en premier et le Navarra le suivait, mais sans faire oublier un seul instant ce que nous avions entendu avant l’entracte. En fait, la juxtaposition des deux ensembles a donné lieu à une situation presque cruelle. Le Calidore avait entre les mains un autre négligeable produit de jeunesse de Schubert ainsi que cet opus 13 de Mendelssohn qui ne compte certainement pas parmi les chefs-d’oeuvre du répertoire, alors que le Navarra avait comme choix unique le très supérieur deuxième Razoumovsky de Beethoven, l’op. 59 no 2. Or, le Calidore a pour ainsi dire transfiguré le Schubert et le Mendelssohn. Dans le Schubert, chaque intervention isolée possédait un inhabituel caractère. Dans le Mendelssohn, les nombreux changements d’atmosphère étaient soulignés avec un relief absolument nouveau. Après l’entracte, le Navarra a joué le Beethoven avec une correction absolue; les très petites imperfections du premier-violon avaient même disparu. Mais c’était là du Beethoven au premier degré, sans la moindre idée nouvelle, et même un peu ennuyeux par moments. Le Navarra est un quatuor de premier plan, aucun doute là-dessus, mais comme on en entend à longueur de saison. Le Calidore appartient tout simplement à une classe à part. C’est la différence entre le talent et le génie. QUATUOR CALIDORE (États-Unis/Canada) : Quatuor no 11, en mi majeur, op. 125 no 2, D. 353 (1816) – Schubert Quatuor no 2, en la mineur, op. 13 (1827) – Mendelssohn QUATUOR NAVARRA (Royaume-Uni/Irlande/Pays-Bas) : Quatuor no 8, en mi mineur, op. 59 no 2 (1806) – Beethoven Dans le cadre de l’Académie internationale de quatuor à cordes de McGill. Mercredi soir, Pollack Hall.
Claude Gingras

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